Jeudi 20 avril 2006
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Mon avant-dernier message, intitulé
Don Quichotte, a pu paraître assez idéaliste au lecteur trop manichéen. Bien entendu, s'il défendait le véritable idéalisme, il condamnait largement les fantasmes béats de la plupart.
Ceux qui défendent obstinément n'importe quel état de fait, comme ceux qui geignent pour le changer, font pareillement beaucoup de bruit, mais c'est ajourd'hui de ces derniers qu'il est ici question.
Avec la plus grande ironie Hegel rappelle qu'ils vivent « dans le monde serein des fleurs, où, comme on le sait, il n'en est pas de noires », formule cruelle et cependant juste.
Ils souffrent d'une incapacité profonde à être
sérieux, pour prendre à nouveau un terme dans le vocabulaire du philosophe allemand, par exemple dans la belle phrase : « les bavardages se taisent devant le sérieux de l'histoire », qui souligne avec lucidité le destin inévitable de leurs cris.
Par Reb B.
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Mercredi 19 avril 2006
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07:00

À qui aime les distinctions conceptuelles fines, je recommande vivement la lecture du
Talmud. Le deuxième chapitre du traité
Baba Kama donne une analyse frappante de la force dont il importe de ne pas confondre les diverses modalités.
Si les mouvements d'air provoqués par le battement des ailes d'un coq détruit quelque pièce de vaisselle, où se situe la responsabilité ? Que doit rembourser le propriétaire de l'animal ? Il est clair que si le coq avait lui-même renversé l'objet toute ambiguité disparaît, mais qu'en est-il dans le cas exposé ci-dessus ? Certains Sages (mais pas tous) proposent le remboursement de seulement la moitié du vase.
Qu'en est-il si le coq abîme une corde qui maintenait un saut, provoquant une chute au terme de laquelle il se brise ? Qu'en est-il si le saut ne se brise pas mais roule et détruit quelque pièce de vaisselle ? Qu'en est-il si le saut se brise et si l'un des éclats vole contre la pièce de vaisselle et la brise ?
Ces problèmes font à chaque fois apparaître deux formes de force : la force
directe et la force
indirecte (dans la traduction de l'édition
Epstein), ou encore la force
primaire et la force
secondaire (dans la traduction de l'édition
Rodkinson).
On gagnera à reformuler en ces termes certains problèmes. Mais je renvoie maintenant à la lecture de ce chapitre (auquel mènent les deux liens du paragraphe précédent).
Par Reb B.
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Mardi 18 avril 2006
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12:10

Parmi les multiples références qui jalonneront ce journal, mentionnons tout d'abord
Don Quichotte, trop mal compris. Sans doute est-il facile au badaud de se reconnaître dans la plate médiocrité qui environne le héros et de se réjouir de son triomphe constant sur ce dernier.
La défaite de Don Quichotte reste inéluctable ; pour qui cherche à gagner sûrement, le camp à choisir sera vite trouvé dans la banalité du quotidien, et le prix de cette adhésion reste tellement minime : sa fierté, mais il en reste peut-être déjà si peu que le coût ne sera vraiment pas bien grand...
Rappelons-nous les vers que prononce Cyrano de Bergerac au moment de tomber :
Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;
N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !
On appréciera sur cette reproduction de Daumier les lignes épurées et claires du héros. On reconnaîtra en elles la splendeur de l'idéal et dans la masse sombre qui le côtoie toute la pesanteur d'un réel lui aussi mal compris.
Les phrases qui précèdent ne négligent pas la valeur et la rationalité du réel ; les phrases qui précèdent ne cautionnent pas les bêlements stupides des brasseurs de vent. Tout au contraire il faut apercevoir l'idéal dans le réel, « comme la rose dans la croix de la souffrance présente » pour citer Hegel, dont la préface aux
Principes de la Philosophie du Droit éclairera le sujet.
Par Reb B.
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